Patrice Remoiville

 

Patrice Remoiville, le shaper BIC SUP – interview


Patrice Remoiville est le nouvel homme fort en charge du développement des planches de stand up paddle chez Bic Sport. Quand Eric Terrien a signé avec BIC Sport au mois de Décembre, nous avons souhaité suivre la réalisation des nouveaux protos du meilleur SUP racer européen. Nous l’avons donc retrouvé dans les Landes, dans la salle de shape d’AVP. Au « sanding screen», Patrice Remoiville.

 

Patrice Remoiville est sur de nombreux fronts. Pour Bic Sport, il a de multiples casquettes : en charge du développement des planches de stand up, responsable commercial, il donne de sa personne pour faire la promotion de la marque. Il sillonne donc la France pour présenter les nouveaux modèles de SUP BIC. Si bien que 24 heures ne suffisent pas à ses journées. Nous avons passé deux jours en sa compagnie, afin de mieux le connaître et d’apprécier la rigueur de son shape. Patrice avait, au préalable, rencontré Eric chez lui à Fuerteventura. Une prise de contact nécessaire pour développer numériquement les futures planches du rider rançais. Les designs finalisés, les fichiers informatiques ont alors permis de réaliser la découpe au fil chaud des pains de polystyrène. Ne restait donc que la partie de shape pur, la descente des rails, la répartition des volumes, les designs du nose et du tail, le placement de la cuvette où se tiendra Eric. En filigrane de ces premiers shapes, les prémices d’une collaboration sur laquelle mise beaucoup Bic Sport.

 

L’arrivée d’Eric renforce le team développement dont les tests des planches de vagues étaient assurésa par David Latastère. La présence du fabricant français aux USA via une filiale ad hoc n’est sans doute pas étrangère à cette stratégie. En progression constante sur ce marché porteur, Bic entend bientôt répondre aux attentes d’une clientèle plus sportive avec unc outil de production à Vannes qui tourne à plein. L’arrivée d’Eric Terrien n’est qu’un élément d’un puzzle dans une stratégie de plus long terme.

 

 

 

 

 

 

 

Roro, c’est ton surnom ?
Oui je m’appelle Patrice Remoiville, je suis né à Bayonne et j’ai 47 ans.

 

Tes débuts dans le shape ?
J’ai débuté à l’âge de 16 ans à Souston chez moi. Je pratiquais tous les sports nautiques imaginables du kayak à la voile. A seize ans et demi, j’ai commencé la planche à voile et ça a été le coup de foudre. Et faute de budget pour acheter mes planches, j’ai débuté dans la fabrication de customs de funboard, c’était l’appellation de l’époque pour les petites planches à voile. Nous avons fait des planches shapées ou moulées, j’ai fait aussi des planches de surf en récupérant des pains de mousse. A 18 ans, ce sont les premiers voyages et faute de place pour prendre une planche à voile, je me suis consacré au surf. A 22 ans, j’ai commencé le shape de surf professionnellement à Vieux-Boucau avec un ami d’enfance Pierre Cazadieu. Notre marque s’appelait Koungat et notre association a duré trois ans avec la dernière année près de 300 planches shapées.

 

Tu as été un proche d’une légende du shape de surf, l’australien Maurice Cole. Comment l’as-tu rencontré ?
Fin 89, j’ai rejoint Maurice Cole au sein de Aussiegor à Capbreton, l’atelier de shape de Rip Curl. Il y avait aussi Gérard Dabbadie (aujourd’hui chez Bic). J’ai délaissé la partie stratification et glaçage pour me consacrer à la gestion et à la compatibilité de l’atelier. Cole et Dabbadie sont deux grandes figures du shape, ils m’ont beaucoup appris. J’ai pu ainsi côtoyé de près de grandes références du shape et de nombreux surfers pros.

 

Et ensuite retour au shape ?
En 1993, je rejoins l’atelier espagnol Pukas pour une année. J’ai repris la stratification. En 1994, je reviens sur Capbreton pour monter un atelier de sous traitance de stratification, Roro Glass, Roro étant mon surnom. Cette entreprise a très bien fonctionné car je travaillais pour de grands noms comme Eric Arakawa, Rusty Preisendorfer ou Simon Anderson. Il y avait aussi Maurice Cole qui collaborait étroitement avec Tom Curren. Pendant la saison d’été, les pros restaient deux mois dans le coin pour faire les différentes étapes du circuit. Maurice shapait donc pour toutes ces stars et moi je stratifiais les planches, ce qui était très intéressant.

 

Combien d’unités ?
Franchement, je ne sais pas combien j’ai stratifié de planches dans ma vie, probablement dans les 10 000 même si j’en fais beaucoup moins maintenant.

 

 

Et puis ?
A partir de 1998, quand Maurice a souhaité retourner en Australie, je me suis inquiété de perdre mon principal client. Je me suis dit que lancer une fabrication européenne de pain de polyuréthane serait une bonne idée sachant qu’il n’y avait plus aucun fournisseur géographiquement proche de nous. Mais l’aventure va vite tourner au cauchemar à cause du taux de change de l’euros qui a rendu très compétitives des productions venant d’Amérique du Sud, de Chine ou d’Afrique du Sud.


 

Qu’as tu fait ?
Il a fallu réfléchir à une nouvelle orientation à ma carrière. Je suis revenu dans la région et je me suis orienté vers le stand up paddle qui était devenu ma pratique sur l’eau depuis quatre ans. Du temps de Surfoam, je shapais déjà des SUP. J’avais créé une autre marque AVP pour fabriquer des planches de surf sous ce nom. Je l’ai donc repris pour faire du custom sur mesure, du shape à la stratification. En 2011, sans faire appel à une sous traitance, j’ai réalisé une cinquantaine de planches. C’est aussi à cette période que j’ai débuté ma collaboration sur le développement de nouveau design de vagues avec le rider David « Davos » Latastere.

 

 
Tu aimes beaucoup l’Australie. Pourquoi ?
Je suis marié à une Australienne qui est de Byron Bay (près de Brisbane, ndlr.). C’est un endroit très agréable. L’Australie est un pays que j’aime particulièrement. J’ai beaucoup fréquenté les australiens, j’ai appris l’anglais à leur contact et les apprécie.

Tu voyages encore souvent ?
Je me déplace souvent pour mon travail, de la France aux USA. J’ai aussi fait beaucoup de voyages en Australie, en Europe, en Asie aussi pour rencontrer des fabricants.
 
Le SUP à plus long terme ?
Il est difficile de voir comment le sport va évoluer. Personne ne peut prétendre avoir la réponse. Il faut souhaiter, avec un bon encadrement pour l’apprentissage, qu’il se développe auprès d’un plus grand nombre. Chez Bic, nous sommes très à l’écoute des pratiquants.

Et dans ta région, comment prend le stand up dans un bastion shortboard ?

Dans les Landes, ou sur la côte Basque, le profil des pratiquants est assez classique. Ce sont souvent des surfers expérimentés qui tentent l’aventure du stand up avec un nouvel engin. Cependant, la pratique dans les vagues reste trop courte. Il ne faut pas négliger cette période d’adaptation même si on est un bon surfer. J’ai aussi beaucoup de clients qui, par leurs pratiques sportives diverses, vont se mettre à la race. La race va se développer très fort alors que le stand up surf risque de stagner, le principal problème étant notamment la cohabitation entre les shortboard et les SUP. Il va y avoir une « segmentation » des spots comme à Capbreton avec les bancs de sable au large.

Ton shape favori ?
Plus le challenge est important, plus cela est intéressant. Shaper une planche de 18′ reste pour moi ce qui m’attire le plus. J’ai shapé beaucoup de planches de surf, donc c’est moins excitant. J’espère donc pouvoir sortir des protos de cette taille quand nous aurons reçu chez Bic à Vannes notre machine à shaper.
 
La stratification ?
Avant le shape, ma grande spécialité a été la stratification. J’aime beaucoup cette étape, notamment avec les résines teintées. Je fabrique des planches de manière traditionnelle à savoir une stratification sur un pain latté. J’ai fait quelques fois du sous vide en surf, mais ce n’est pas un gros avantage. En stand up race, les planches étant plus grandes, ce process peut éventuellement permettre d’avoir des planches avec la quantité optimale de résine et donc de limiter le poids, mais ce n’est pas une obligation. Juste une option possible.

 

 

 


Tu ne fais donc pas de sous-vide dans ton atelier ?

Non. En 1989, je faisais pas mal de shapes de windsurf chez Rip Curl. C’est à cette période que les premières planches en sandwich sont apparues sur ce marché. C’est aussi à cette époque que beaucoup sont partis produire en Asie. Nous n’avons pas suivi ce procédé
 

 

Ton rapport avec Eric Terrien ?
Il a fallu apprendre à se connaître. Je suis allé lui rendre visite à Fuerteventura pour parler shape avec lui et dessiner sur ordinateur les deux 12’6 et la 14′ que je dois lui shaper. Pour les deux 12’6, le design est assez classique, seuls les rails sont un peu plus rentrés sur l’une par rapport à l’autre. A partir de cette variable, nous pourrons travailler sur un nouveau design mais aussi extrapoler sur la 12’6 Touring de série que nous prévoyons prochainement chez Bic.

Le shape avançant, Eric s’échappe avec Davos pour tester de nouveaux protos de vagues (un pro model David Latastere 9′). Cet intermède laisse un peu de répit à Patrice pour avancer seul sur les rails. En rentrant, Eric et David valideront le shape testé, il restera encore deux heures pleines de travail dans la salle de shape pour finaliser certaines parties de la première 12’6. Un processus qui peut paraître laborieux ; méticuleux dirait Eric, le début d’une collaboration qui devrait enfin offrir au meilleur rider français la possibilité de faire évoluer ses protos en vue des nombreux objectifs de sa saison 2012.

 
Source : Get Up
www.getupsupmag.com